Etre mécontent, qu’est-ce que cela veut dire

 

 

Il est très difficile de comprendre le mécontentement, car en général nous le canalisons dans une certaine direction et l’étouffons par là même. Autrement dit, notre unique souci est de nous installer dans une position de sécurité, avec des intérêts et un prestige bien assis, afin de ne pas être dérangés. Cela se produit au sein des foyers comme à l’école. Les professeurs ne veulent pas être dérangés, c’est pourquoi ils suivent la bonne vieille routine ; car dès l’instant où l’on est vraiment mécontent et où l’on se met à vouloir sa voir, à remettre les choses en question, les perturbations sont inévitables. Mais on ne prend l’initiative que sur la base d’un mécontentement réel.

Avez-vous idée de ce qu’est l’initiative ? Vous prenez l’initiative lorsque vous mettez en route, que vous démarrez quelque chose sans qu’on vous y incite ; le geste n’est pas forcément très grand ni très spectaculaire – cela peut venir par la suite – mais l’étincelle d’initiative est là quand vous plantez un arbre par vos propres moyens, quand vous êtes spontanément bon, que vous souriez à un homme qui porte une lourde charge, quand vous ôtez une pierre du sentier, ou que vous flattez un animal en chemin.

C’est le modeste début de la formidable initiative que vous devez prendre si vous voulez connaître cette chose extraordinaire qu’on appelle la créativité. La créativité prend sa source dans l’initiative, qui ne naît qu’en présence d’un  mécontentement profond.

N’ayez pas peur du mécontentement, mais nourrissez-le jusqu’à ce que l’étincelle devienne une flamme et que vous soyez perpétuellement mécontent de tout – de votre travail, de votre famille, de la traditionnelle course à l’argent, à la situation, au pouvoir – de sorte que vous vous mettiez vraiment à penser, à découvrir. Or, en vieillissant, vous vous rendrez compte qu’il est très difficile de maintenir cet esprit de mécontentement.

Vous avez des enfants à nourrir, et les exigences de votre travail à prendre en compte, 1′opinion de vos voisins, de la société qui se referme sur vous, et très vite vous commencez à perdre cette flamme ardente du mécontentement. Quand vous êtes mécontent, vous allumez la radio, vous allez voir un gourou, vous récitez la puja, vous vous inscrivez à un club, vous buvez, vous courez les femmes – tout est bon pour étouffer la flamme. Or, voyez-vous, sans cette flamme du mécontentement, vous n’aurez jamais l’initiative qui est le commencement de la créativité. Pour découvrir la vérité, vous devez être en révolte contre l’ordre établi. Mais plus vos parents ont d’argent, plus vos professeurs s’installent dans la sécurité de leur poste, moins ils ont envie que vous vous révoltiez.

La créativité ne consiste pas simplement à peindre des tableaux et à écrire des poèmes – ce qui est bien, mais reste minime en soi. L’important est d’être mécontent de fond en comble car ce mécontentement global est le début de l’initiative qui devient créative à mesure qu’elle mûrit ; et c’est la seule manière de découvrir ce qu’est la vérité, ce qu’est Dieu, car Dieu n’est autre que l’état créatif.

Il faut donc éprouver ce mécontentement total, mais dans la joie – comprenez-vous ?

Il faut être complètement mécontent, sans se plaindre, mais avec joie, avec gaieté, avec amour. La plupart des mécontents sont mortellement ennuyeux: ils se plaignent sans cesse du manque de justesse de telle ou telle chose, ou bien ils souhaiteraient avoir une meilleure situation, ou bien ils voudraient que les circonstances soient autres, car leur mécontentement reste très superficiel. Quant à ceux qui ne sont pas du tout mécontents, ils sont déjà morts.

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Si vous pouvez être en révolte tandis que vous êtes jeunes, et en vieillissant nourrir votre mécontentement de toute la vitalité de la joie et d’une immense affection, alors cette flamme du mécontentement aura une portée extraordinaire, car elle bâtira, elle créera, elle fera naître des choses nouvelles. Mais il faut pour cela que vous receviez une éducation adéquate, qui n’est pas celle qui vous prépare simplement à décrocher un emploi ou à gravir l’échelle du succès, mais une éducation qui vous aide à penser et qui vous donne de l’espace – pas sous forme d’une chambre plus vaste ou d’un toit plus haut, mais un espace où votre esprit puisse croître sans être entravé par une quelconque croyance ni une quelconque peur.

De toute évidence, vous ne pouvez penser de manière lucide que lorsque votre esprit n’est pas ligoté à une croyance comme un singe qu’on aurait attaché à un poteau.

Vous ne pouvez penser clairement que lorsque vous n’êtes pas en quête d’un résultat et que vous n’avez aucun préjugé, ce qui signifie en fait que vous ne pouvez penser de manière claire, simple et directe que lorsque votre esprit n’est plus en quête d’aucune forme de sécurité, et qu’il est par conséquent libéré de la peur.

Donc, d’une certaine manière, le mécontentement empêche effectivement de penser clairement. Lorsque votre mécontentement vise à un résultat, ou que vous essayez d’étouffer ce mécontentement parce que votre esprit a horreur d’être dérangé et veut à tout prix être tranquille, être en paix, alors toute lucidité est impossible. Mais si vous êtes mécontent de tout – de vos préjugés, de vos croyances, de vos peurs – et que vous ne courez pas après un résultat, alors ce mécontentement même suscite un recentrage de votre pensée, pas sur un objet particulier ni dans une direction particulière, mais de telle manière que tout votre processus de pensée devient très simple, très direct et très clair.

Jeunes ou vieux, nous sommes presque tous mécontents, simplement parce que nous voulons quelque chose – plus de connaissances, un meilleur travail, une plus belle voiture, un salaire plus élevé. Notre mécontentement se fonde sur le désir du «plus ». C’est uniquement parce que nous voulons plus que nous sommes pour la plupart mécontents. Mais ce n’est pas à cette forme de mécontentement que je fais allusion.

C’est le désir du « plus » qui fait obstacle à la pensée claire. Alors que, si nous sommes mécontents non pas parce que nous voulons quelque chose, mais sans savoir ce que nous voulons, si nous sommes insatisfaits de notre travail, de la course à  l’argent, de la réussite sociale, du pouvoir, de la tradition, si nous sommes insatisfaits de ce que nous avons et de ce que nous pourrions éventuellement avoir, si nous sommes insatisfaits non d’une chose en particulier mais de tout, alors je crois que nous découvrirons que notre insatisfaction est source de clarté. Quand nous n’acceptons plus, que nous ne suivons plus, mais que nous remettons en question, que nous enquêtons, que nous allons au fond des choses, il surgit de là une vision lucide qui est source de créativité et de joie.

 

Le sens du bonheur de Jiddu Krishnamurti

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Auteur :francesca7

Administratrice du forum LA VIE DEVANT SOI sur http://devantsoi.forumgratuit.org/

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