Nous arrivons à nous tromper nous-mêmes

Les Tromperies du Cerveau

 Tu t’illusionnes sur ton bonheur mais rassure-toi, c’est le cas de l’immense majorité des gens, et c’est tant mieux ! Tel est le constat que dresse le psychologue Daniel Todd Gilbert, professeur à l’université Harvard (Etats-Unis), dans un livre plein d’humour. S’appuyant sur des dizaines d’expériences et études en psychologie cognitive menées ces dernières années, il montre comment, dès qu’il est question de bonheur, ton cerveau te trompe à quasiment tous les tournants. Ainsi en va-t-il, par exemple, quand tu penses avec nostalgie à un bonheur passé. La mémoire n’étant pas celle d’un ordinateur, le cerveau retisse les souvenirs, bouche les trous avec des informations recueillies depuis, et teinte le tout aux couleurs du présent. Ainsi, quand on demande à des personnes âgées ce qu’elles pensaient quand elles étaient jeunes, sur tous les sujets abordés (bonheur, amour, politique, goûts…) leurs réponses sont influencées par ce qu’elles pensent et préfèrent maintenant. La tromperie est encore plus manifeste quand il s’agit de l’avenir et de toutes les joies qu’on en attend. . « On suppose que les émotions ressenties en imaginant l’avenir seront aussi les nôtres quand il sera là, explique Daniel Todd Gilbert, en réalité elles ne sont qu’une réaction à l’événement présent. » Non seulement le cerveau, manquant d’information,  projette sur la situation future les émotions positives ressenties en l’imaginant, mais de plus, il oublie le phénomène d’habituation, qui fera rapidement du bonheur obtenu un état normal, relançant le désir vers un nouvel objet…

Ces illusions sont nécessaires, estime le psychologue américain, parce qu’elles apportent du plaisir. En trompant sur l’avenir, elles donnent envie d’avancer.. Elles sont même vitales. Pour l’individu, d’abord : l’habituation marche aussi dans l’autre sens, calmant les peines et leur permettant de se dissiper avec le temps. Mentionnant de nombreuses études, Daniel Todd Gilbert montre toute l’étendue de cette résilience humaine : la plupart des victimes de catastrophes naturelles retrouvent rapidement des raisons d’espérer, voire de se réjouir; certains drames nous paraissent intolérables (perte d’un enfant, handicap), mais quand ils arrivent, après quelque temps, nous les supportons mieux que prévu. Moralement aussi, tu es équipé pour survivre !

D’autant que le bonheur s’avère également utile à l’espèce. Qu’arriverait-il si nous cessions de croire qu’avoir des enfants rend heureux ?, demande malicieusement le psychologue. Nombre d’enquêtes qualitatives indiquent que ce bonheur est davantage présent dans notre tête que vécu au quotidien : s’occuper des enfants est loin d’être l’occupation préférée des mères au foyer dans leur journée, et les critères de satisfaction de la plupart des couples ne retrouvent leur niveau de l’époque du mariage qu’au moment du départ du dernier enfant. Choquant ? Mais non : cela montre simplement que l’essentiel du bonheur est l’idée que tu t’en fais. La preuve ? Selon une autre étude citée dans ce livre, les gens qui se montrent les plus motivés pour devenir autonomes, cultiver de bonnes relations, s’accepter et progresser sont aussi ceux qui se disent les plus heureux. Outre de précieuses pistes, n’est-ce pas confirmer que le bonheur n’est pas le but, mais le chemin ?

conscience du coeur

LA TROMPERIE DES OBJETS

Un autre paradoxe devrait t’en convaincre, qui conduit à des illusions nettement moins bienfaisantes. On pourrait le résumer par l’adage : l’argent ne fait pas le bonheur… mais il y contribue. Les Français le confirment (Sondage Sofres-Le Pèlerin, 2006) : l’argent n’est que leur septième source de satisfaction (après la famille, les enfants, la santé, l’amour, les amis et les loisirs), mais c’est lui qui vient en premier comme ce qui leur manque le plus pour être encore plus heureux (devant davantage de temps libre, un enfant, l’amour, se rendre utile ou un meilleur logement). Il en va presque de même au niveau mondial.

Certes, les pays très pauvres comptent le plus grand nombre de gens s’estimant malheureux, tout comme le sont, dans les autres pays, les personnes les plus défavorisées. Mais dès qu’un certain seuil de revenu est franchi – seuil relatif à chaque pays – davantage d’argent n’augmente pas le bonheur. Selon l’Enquête Mondiale sur les Valeurs, menée dans quarante-six pays sur les cinq continents, la perte d’un tiers du revenu diminue quatre fois moins le bonheur individuel qu’une séparation amoureuse. Et les enquêteurs de livrer une conclusion rejoignant la définition que donne l’OMS de la santé : le bonheur c’est la satisfaction équilibrée de nos besoins vitaux, affectifs et moraux.

Mais alors, pourquoi continuons-nous à penser en premier à l’argent comme pouvant nous rendre plus heureux, alors que nous le sommes grâce à d’autres facteurs ? Parce que nous sommes victimes de l’illusion du « toujours plus », qu’une dérive consumériste de l’esprit de progrès a dangereusement entretenue, plaide Sir Richard Layard, lord anglais et professeur à la London School of Economics, dans un autre livre décapant largement nourri d’études scientifiques. Selon ce mode de pensée, qui fonde nos politiques économiques, le bonheur ne peut venir que de l’élévation de notre niveau de vie, et donc d’une croissance infinie. Sir Richard montre que c’est faux. Statistiques à l’appui, il constate que les pays les plus riches ne sont pas les plus heureux.

Là où cette logique prévaut le plus, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, le nombre de gens s’estimant très heureux a même baissé en cinquante ans, en même temps que la confiance qu’ils portaient en autrui. Au contraire, criminalité, dépression, suicide et autres maux ont suivi l’augmentation constante du niveau de vie, qui a en outre des effets pervers sur l’environnement.

L’illusion est néfaste mais sa cause ne tient pas seulement au dévoiement d’une belle idée, selon laquelle le confort matériel jouant sur le bonheur, améliorer le premier augmentera le second. Ce dévoiement s’appuie sur une réalité psychologique : la tentation et l’habitude qu’ont les humains de se comparer entre eux. Les études prouvent aujourd’hui qu’en matière sociale, le niveau relatif du salaire compte plus que le niveau absolu. On souffre de la différence de revenu avec ses collègues les plus proches, ou entre sexes, et même les plus riches se comparent entre eux. La question pourrait se résoudre par plus d’équité, explique Sir Richard Layard.

Mais comment intervenir sur des fantasmes ? Il a été démontré qu’en matière de comparaison, la télévision joue un rôle important, propageant un modèle de bonheur lié à la richesse, à la beauté et à la jeunesse. En nous bombardant de corps parfaits et de luxe, elle perturbe les normes que nous avons l’habitude de prendre pour juger. Résultats : notre niveau de vie paraît moins reluisant, et notre conjoint, moins séduisant. « En diminuant le plaisir que nous tirons de ce que nous avons, la télévision a un impact négatif sur la perception de notre situation et nuit donc à notre bonheur », conclut Sir Richard. Après le prof de fac américain et les illusions psychologiques, le lord anglais et les illusions sociales : pas besoin de faire appel aux grands maîtres ès sagesses pour te convaincre que le bonheur réside dans un équilibre qu’il t’appartient d’inventer !

 

 Françoise Salaün partage

 

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Auteur :francesca7

Administratrice du forum LA VIE DEVANT SOI sur http://devantsoi.forumgratuit.org/

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